Cette partie précise beaucoup mieux le personnage : on comprend qu’elle observe les gens en permanence, qu’elle intellectualise tout, qu’elle a une sexualité très assumée et qu’elle peut être assez mordante dans ses jugements. Il y a donc une voix, clairement. En revanche, c’est aussi le passage où j’ai le plus ressenti que cette voix risquait de devenir envahissante : chaque personne croisée déclenche un portrait très long, puis une réflexion sur le genre, la séduction, #MeToo, la psychologie, la virilité ou la sexualité. À force, la scène de salle de sport disparaît presque derrière les commentaires de la narratrice.
Je ferais surtout attention à deux choses. D’abord, certaines généralisations sur les femmes, les hommes ou « les vrais mecs » sont assez tranchées. Si le but est de montrer sa vision du monde, avec ses biais et ses contradictions, ça peut fonctionner, mais il faudrait que le texte nous fasse sentir qu’on est bien dans sa subjectivité et pas dans une vérité posée par le roman. Ensuite, la longue projection sexuelle sur son « crush » prend beaucoup de place alors que, pour l’instant, cet homme n’existe presque que comme corps fantasmé. Quelques détails plus singuliers dans leurs interactions réelles me donneraient davantage envie de croire à cette attirance que la description imaginaire de ce qu’elle suppose de son anatomie.
Enfin, le problème stylistique des parties précédentes reste présent : il y a de très bonnes formules, mais beaucoup sont noyées dans une prose très chargée, avec en plus plusieurs accords ou formulations à reprendre (« musclées », « plus belles », « elle réussit », « les choses ont changé », « suis-je normale ? », etc.). Pour moi, le texte gagnerait vraiment à laisser respirer cette voix : garder son ironie, sa sensualité et son côté analytique, mais couper une partie des commentaires pour que l’intrigue puisse enfin avancer.
On entre encore davantage dans la tête du personnage ici, et elle analyse absolument tout le monde, parfois de façon assez crue. J’ai trouvé intéressant le contraste entre son regard presque clinique sur les habitués de la salle et la manière dont toute cette analyse vole en éclats dès qu’elle aperçoit son fameux « crush ». Là, elle ne maîtrise clairement plus autant ses pensées ! Le retour brutal à la réalité avec le cardiofréquencemètre m’a fait sourire, surtout après toute cette rêverie. Et malgré son assurance, la fin montre qu’elle se questionne beaucoup plus sur elle-même qu’elle ne veut bien l’admettre.
2 commentaires
lya rowen
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Justine Gabet
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