Ce deuxième passage confirme une voix très identifiable : on retrouve son rapport presque conflictuel au smartphone, son besoin de rituels, sa façon d’observer les autres et de transformer le quotidien en réflexion sur la servitude, les habitudes ou la sociabilité. J’ai particulièrement aimé le détail du casier préféré : c’est simple, concret, et ça dit beaucoup du personnage sans avoir besoin d’analyse supplémentaire.
En revanche, j’ai encore davantage ressenti ici le problème de surcharge stylistique et de digressions. Aller à la salle prend beaucoup de place parce que presque chaque geste déclenche une réflexion : smartphone, chat, patron du bistrot, habitudes, sociologie, psychanalyse, sportifs matinaux… Certaines sont intéressantes, mais mises bout à bout, elles retardent énormément l’entrée dans l’intrigue. Par exemple, tout le passage sur la « faune » de la salle pourrait être réduit à quelques lignes très caractéristiques de sa manière de juger les gens, sans développer ensuite sociologues, marketing, psychanalystes et équations humaines.
Je ferais aussi une vraie passe syntaxique et orthographique : « des courriels sans intérêt », « à réanimer », « lui signifier », « une brise fraîche », « pour entrer en contemplation », « la plupart sont animés », « le vivent », « peut-on », « au-delà », etc. Certaines phrases semblent également chercher une sophistication qui finit par brouiller le sens, comme « le soleil… nous darder de l’aiguë de ses rayons » ou « venir aux laudes souffrance s’infliger ». Pour moi, le texte gagnerait beaucoup à garder le vocabulaire singulier et l’ironie du personnage, mais en simplifiant nettement la construction autour. Là, après deux parties, j’attends surtout que quelque chose vienne enfin perturber cette routine très minutieusement installée.
Pour comprendre ce que le smartphone fait à votre cerveau, c'est ici :
La révolution mobile : l’outil technique du déclin cognitif.
https://www.deucewriter.com/post/la-r%C3%A9volution-mobile-l-outil-technique-du-d%C3%A9clin-cognitif
@Deuce
— Merci pour le lien, je regarderai ça avec curiosité. Mais mon retour portait surtout sur le fonctionnement du chapitre en tant que fiction, pas sur la pertinence du propos autour du smartphone. Que cette réflexion soit fondée ou non, la question que je me posais à la lecture était surtout : est-ce qu’elle sert l’avancée de la scène, ou est-ce qu’elle la ralentit trop ? Par exemple, garder quelques observations très fortes sur le téléphone et la servitude peut suffire à poser l’idée, puis revenir plus vite au personnage et à ce qui lui arrive concrètement. C’est vraiment une question de rythme narratif et de dosage, pas de désaccord avec le fond.
@lya rowen
— C'est exact et pertinent. Je suis plus doué pour dérouler une pensée que faire vivre un personnage. Ecrire un essai qu'un roman. Work in progress
J’aime bien la continuité avec la première partie : même en sortant de chez elle, elle reste dans cette observation permanente de tout ce qui l’entoure. Le passage à la salle m’a particulièrement parlé avec « son » casier, alors qu’elle reconnaît elle-même qu’il est identique aux autres. C’est tout bête, mais très humain. Et il y a une certaine ironie à la voir critiquer notre dépendance au smartphone tout en étant obligée de le sortir pour simplement entrer dans la salle. La servitude du quotidien continue de s’installer par petites touches.
En ce qui concerne le smartphone, c'ets ici : https://www.deucewriter.com/post/la-r%C3%A9volution-mobile-l-outil-technique-du-d%C3%A9clin-cognitif
Oui, l'analyse permanent est une caractériqtique des intelligents traumatiques. Si ça vous intéresse, plus ici :
https://www.deucewriter.com/post/l-intelligence-traumatique
9 commentaires
lya rowen
-
Deuce
-
lya rowen
-
Deuce
-
Justine Gabet
-
Deuce
-