Ce chapitre fonctionne mieux que le précédent parce qu’on est enfin dans une vraie scène, avec un lieu, des personnages qui interagissent et surtout une tension familiale qui affleure sans être entièrement expliquée. La grand-mère a immédiatement une voix et une présence, et la dynamique entre les trois femmes est probablement ce que je préfère ici. Surtout, la phrase de Christine — « tu m’as déjà assez fait souffrir » — est excellente parce qu’elle ouvre brutalement une brèche dans les quatre années manquantes. À mon sens, c’est presque le vrai climax du chapitre.
En revanche, je resserrerais franchement toute l’arrivée à Florac. L’atmosphère est jolie et on sent l’attachement de Victoria au lieu, mais on accumule paysages, fleurs, châtaigniers, abeilles, souvenirs d’enfance, maison, glycine… avant que quelque chose ne se passe. Or ton concept est très fort : une jeune femme revient dans un endroit qu’elle connaît parfaitement alors que quatre années de sa propre vie lui échappent. Chaque détail familier devrait pouvoir être contaminé par quelque chose qu’elle ne reconnaît pas. Les voitures et la grange transformée produisent exactement cet effet ; j’en voudrais davantage, plutôt qu’une longue nostalgie rassurante.
Je trouve également la voix de Victoria réussie quand son humour vient naturellement — les tasses, le calendrier, le champignon précédemment — mais attention à ne pas faire de chaque observation une vanne. L’émotion fonctionne mieux lorsqu’elle contraste avec cette légèreté. Et surtout, après « tu m’as déjà assez fait souffrir », Victoria accepte très vite de calmer sa mère. Personnellement, je laisserais cette phrase la heurter davantage : elle vient d’apprendre qu’une version d’elle-même dont elle ne se souvient pas a fait souffrir sa mère. C’est énorme.
Dernier détail de langue : « elles s’observent en chiens de faïence », pas « en chien de fusil ». Et « trois générations de femmes percluses de cicatrices et pleines d’amour » me paraît un peu trop explicatif : la scène vient justement de très bien montrer leur amour et leurs blessures. Pour moi, le chapitre gagnerait beaucoup avec 20 à 25 % de description en moins et davantage de place donnée aux anomalies du présent et aux réactions de Victoria face aux traces de sa vie oubliée.
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AB Wood
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