Là, j’ai eu le même ressenti que dans le chapitre précédent, mais encore plus nettement : le personnage existe, mais l’intrigue met beaucoup de temps à apparaître derrière ses réflexions. Markov est pourtant intéressant sur le papier : scientifique reconnu, vie bourgeoise parfaitement installée, mariage vidé de son désir, téléphone clandestin, escorts… On comprend très vite qu’il a réussi socialement mais qu’il s’ennuie profondément. Le problème, c’est qu’on reste longtemps dans ses considérations sur l’institution, la vanité, le rang, la Russie, la « kitchen culture », avant qu’un événement vienne réellement déranger sa journée.
Pour moi, le vrai crochet du chapitre est la guérison impossible en trois heures. Là, immédiatement, j’ai envie de savoir ce qui s’est passé, pourquoi cette patiente a guéri et ce que Markov va découvrir. Or cette information arrive très tard. Je l’aurais peut-être fait surgir beaucoup plus tôt, quitte à développer ensuite son quotidien et ses frustrations pendant qu’il attend le dossier. Ça donnerait un fil rouge à toutes ses digressions : même lorsqu’il pense à Sofia, Madison ou son passé, nous, lecteurs, on garderait cette guérison anormale en tête.
Je ferais aussi attention au passage sur #MeToo. Des phrases comme « la peur a changé de camp » ou les hommes qui éviteraient désormais systématiquement les ascenseurs avec des femmes sont très générales. Si c’est Markov qui pense comme ça, ça peut parfaitement caractériser le personnage, mais je l’ancrerais davantage dans son regard : Markov avait pris l’habitude de…, il était convaincu que… Par exemple. Sinon, comme on est en narration externe, ça peut donner l’impression que le roman présente son opinion comme un constat objectif.
Enfin, la partie sur Madison apporte une vraie contradiction intéressante : il explique vouloir une relation purement transactionnelle, sans mensonge ni complication, alors qu’il est justement obligé de cacher un téléphone, inventer des rendez-vous et organiser toute une vie clandestine 😅 Ça, je trouve que ça dit beaucoup plus sur lui que plusieurs paragraphes d’analyse. J’exploiterais davantage ce genre de contradiction par les actes.
Je n'en peux plus de la castration littéraire. Dès qu'une auteur ou un personnage s'égare de la pensée unique on lui fait un procès d'intention. Les hommes en entreprise ont peur, les hommes en salle de sport ont désormais peur. C'ets uen rélité qui vosu échappe, car vous appartenez au genre célèste et il m'apparaît que les pensées et sentiments du genre honni vous soient accessoires. Il faut être un homme pour vivre et expérimenter ce que nous subissons céans. Metoo n'ets pas une religion et sa critique ou sa remise en perspective n'est pas un blasphème. Je suis assez vieux pour avoir vu des nouvelles religions et nâitre et s'effondrer sous leur propore poids et il en sera de même pour celle-ci.
Je comprends aussi vos conseils sur la structure du récit qui doit être suggestive. Je préfère rentrer dans la tête des personnages, plutôt que de livrer un récit Netflix lisse et périssable.
Je ne veux pas faire une littérature Netflix séquencée, qui enchaîne des plans selon un stroyboard rigide. Dans un livre on peut proposer des descriptions et rentrer dans la tête des personnages, ce qu'on ne peut pas faire dans une narration Netflix. La littérature Netflix, ce sont des enchaînements de dialogues et d'évènements et c'est ce que vous semblez préférer. Ce n'est pas de la littérature.
J'ai aussi tenté d'ouvrir une fenêtre sur les réalités d'une Russie que beaucoup méconnaissent. C'est aussi pour moi l'un des buts de la littérature : ouvrir des fenêtres sur des mondes que l'on croyait connaîte.
2 commentaires
lya rowen
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Deuce
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