Fyctia
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Un Regard Baissé au Cœur du Tomber des Feuilles
R. R. Courtesins
Mia a seize ans. Elle est douce, sensible, et possède un monde intérieur vaste comme un ciel de mi-saison — plein d'images et de silences, de choses qu'elle ne sait pas dire à voix haute. L'automne est sa saison préférée, parce que dans le jardin les couleurs sont prévisibles et les rituels se répètent. Elle compte tout : les jours, les nuits, les pierres, les insectes, les fleurs et les feuilles qui tombent. Le monde, pour elle, est un excès — de lumières, de sons, d'odeurs, de sensations qui exigent des réponses qu'elle n'a pas, des réactions qu'elle ne sait pas exprimer. Mais le jardin est son réconfort, comme un foyer, un lieu sûr. Mais cette année, quelque chose est sorti des plans : les parents sont partis soudainement en voyage, et la fille est envoyée chez la grand-mère, dans sa maison hantée, dans un village où Halloween est pris très au sérieux. La grand-mère est gentille, mais elle parle trop fort, rit trop fort, embrasse trop, pose trop de questions — comme une sorcière — et la maison sent le chocolat, la cannelle, la poussière et les secrets cachés au fond des armoires. Le jardin n'est plus que nostalgie, mais la fenêtre est devenue une nouvelle amie. Devant la fenêtre, il y a une rue. Dans la rue, il y a des arbres. Mia passe ses journées à regarder la rue, les arbres. La nuit d'Halloween approche. Les rues se remplissent de masques et de silhouettes, de citrouilles, de cris. Une vierge étrangère sera la reine de la moisson. Elle ne comprend pas la signification de tout cela. Mia ne sait pas regarder dans les yeux. C'est pourquoi elle baisse les yeux et, en les baissant, elle trouve les feuilles. Les feuilles qui tombent, qui tournoient, qui se posent sur le sol comme de petits miracles. Et elle commence à les compter. Une par une. Comme si chaque feuille était un jour, une histoire, une vie. Et c'est par terre, accroupie parmi les feuilles tombées, que Mia trouve le premier indice. Puis le deuxième. Puis le troisième. Plus un. Un autre. Quelqu'un, avant elle, regardait aussi vers le bas. Quelqu'un qui a laissé des messages. Quelqu'un qui, comme elle, ne savait pas regarder dans les yeux — mais pouvait voir le cœur. La nuit du Samhain, Mia sort avec sa grand-mère pour la fête du village — quelque chose qui l'effraie, car elle a une peur panique des foules. Et c'est précisément dans cette peur qu'elle se désoriente, s'éloigne et se perd. Mais, au milieu de la fête, elle rencontre quelqu'un qui est aussi perdu. Quelqu'un que prèsque personne d'autre ne voit. Quelqu'un qui, comme elle, regarde vers le bas. Un mystère d'automne sur la mémoire, le silence et les choses qui se cachent sous les feuilles.
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