Imaginaire

Leo Degal

Imaginaire Leo Degal Qui fend la brume engendre la tempête

Qui fend la brume engendre la tempête

Certaines choses paraissent immuables. La ronde des saisons, la course du jour et de la nuit, le cycle de la vie, de l’arbre à la graine à l’arbre à la graine. Les faisans pondent leurs oeufs, l’écureuil grappille ses glands pour l’hiver, la grenouille chante dans les flaques, le loup allaite sa portée. Nous étions simplement un des brins de cette prairie immense. À notre juste place au coeur de cet incroyable mouvement. Nos traditions et nos manières, elles aussi, paraissaient alors éternelles, issues d’un ordre qui ne pouvait être contesté. C’était source de satisfaction et de sérénité : nous étions solides, à défaut d’être tous heureux. Vous vous en doutez, ces quelques mots signifient que tout ce bel équilibre n’a pas résisté à la tempête. Avec le recul, je pense que du bon est sorti de ce qui n’a été, au départ, qu’une catastrophe. Je ne me permettrais jamais de l’affirmer à voix haute, on estimerait que j’essaie de me dédouaner. Pourtant, je suis persuadée que le choc peut mener à la croissance. Cela n’efface pas la douleur, les deuils et l’horreur du passé, mais nous en sommes sortis plus forts. Métamorphosés. Je devrais vous laisser juger, bien sûr. Ce serait le plus sage. Mais la sagesse n’a jamais été mon fort, même après toutes ces années.