Hors-Série

Chaos Ipa

Hors-Série Chaos Ipa Memoriea

Memoriea

La damnatio memoriae, la condamnation à l'oubli, était sans conteste la plus cruelle des sentences qu'avaient pu imaginer les mortels. Jadis, ils l'avaient réservée aux leurs, à ceux dont l'ambition brûlait trop fort, mais avec le temps, ils avaient osé l'étendre aux divinités elles-mêmes. Effacer la mémoire de quelqu'un, c'était effacer la dernière empreinte de son passage dans le monde ; c'était priver l'âme d'un reflet, d'une trace, d'une ombre. Les dieux, nés dans l'éclat de la vénération, avaient été forgés par les offrandes et les prières. Ce que les mortels appelaient "popularité," nous, nous l'appelions "gloire." Mais la gloire, en vérité, n'avait jamais été éternelle. Elle se flétrissait en silence, et nous, êtres divins, en venions un à un à sombrer dans l'oubli, sans que nul ne puisse arrêter notre chute. Ainsi, la déchéance fut lente, tortueuse, lorsqu'ils prirent les armes contre nous. Nos temples furent réduits en cendres, nos statues renversées, nos noms effacés des mémoires. Les plus anciens d'entre nous perdirent jusqu'au souvenir de leur grandeur passée, tandis que d'autres s'enfonçaient dans une quête désespérée de leur gloire perdue. Quant à moi, j'ai choisi un autre chemin. J'ai renoncé à tout ce que j'avais été, j'ai laissé mon ancienne existence se fondre dans le crépuscule, et j'ai décidé de renaître. Puis, un jour, une rencontre inattendue - une âme vibrante, imprévisible, presque irréelle - vint bousculer mon exil. Mon monde, jusqu'alors gris et voilé, s'illumina d'une lueur nouvelle.