01 Chapitre 1 Nous l'avons vu...
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Thriller
Ruben Ruk
À 3 h 12, l’ambulance s’est garée devant l’immeuble. Idriss ne dormait pas. Il avait entendu le moteur ralentir et s’arrêter juste sous sa fenêtre. Il s’est levé sans réfléchir, comme si son corps attendait ce bruit depuis des jours. Le véhicule était blanc. Trop blanc. Aucun logo, aucune inscription. Pas de gyrophare. Pas de sirène. Il est resté immobile, moteur allumé. Puis il s’est coupé. Au deuxième étage, une lumière s’est allumée. Au quatrième, un rideau a bougé. Idriss n’était pas le seul à regarder. La portière latérale s’est ouverte. Un homme est descendu. Tenue sombre. Silhouette neutre. Il n’a rien sorti du véhicule. Il n’a rien dit. Il a simplement observé la façade. La porte d’entrée de l’immeuble s’est ouverte. Personne n’a buzzer. L’ascenseur s’est enclenché. Rez-de-chaussée. Premier. Deuxième. Troisième. Des portes se sont entrouvertes dans le couloir. Des respirations retenues. Personne n’osait parler. L’ascenseur s’est arrêté. Les pas ont avancé jusqu’au 3A. Un coup bref. La porte s’est ouverte. Une minute. Deux. Trois. Puis les pas sont revenus. Idriss a couru à la fenêtre. L’homme est remonté dans l’ambulance. Seul. Les portes arrière ne se sont jamais ouvertes. Le moteur a redémarré. Le véhicule est parti à 3 h 23. Le silence est revenu. À 3 h 31, quelqu’un a frappé chez Idriss. C’était la voisine du deuxième. — Vous l’avez vue ? — Oui. — Ils sont venus chez vous aussi ? — Non. Elle a blêmi. — Chez moi non plus. Ils sont sortis dans le couloir. La porte du 3A était fermée. Quand ils ont frappé, le voisin a répondu immédiatement. En pyjama. Confus. Agacé. — Quelle ambulance ? Il n’avait entendu aucun moteur. Aucune visite. Aucun coup. D’autres habitants sont descendus. Quatre personnes affirmaient avoir vu le véhicule. Trois l’avaient entendu. Deux disaient avoir vu l’homme monter. Le voisin du 3A jurait qu’il n’y avait eu personne. Ils sont sortis dans la rue. Aucune trace de pneus. Aucune caméra n’avait enregistré de passage. Le gardien, réveillé par le bruit, n’avait rien remarqué. Rien. À 4 h 12, quelqu’un a appelé la police. Les agents ont vérifié les caméras municipales. Aucune ambulance dans la rue à 3 h 12. Rien à 3 h 10. Rien à 3 h 20. Les habitants se sont regardés sans parler. Idriss savait ce qu’il avait vu. Il pouvait décrire le véhicule. La teinte des vitres. La façon dont l’homme avait levé les yeux. Il n’avait pas rêvé. Ils ne pouvaient pas avoir rêvé à plusieurs. À 5 h 03, alors que la police repartait, un bruit de moteur a résonné au bout de la rue. Tous se sont retournés en même temps. Une camionnette de livraison. Rien d’autre. Pourtant, le mouvement avait été simultané. Exactement le même. Comme si leur corps reconnaissait un son précis. La voisine du deuxième a murmuré : — Elle va revenir. Personne n’a répondu. Le voisin du 3A a fini par rentrer chez lui. Les autres aussi. Idriss est resté seul devant l’immeuble. La rue était vide. Normale. Ordinaire. Et pourtant quelque chose avait changé. Ils étaient plusieurs à avoir vu la même chose. Avec les mêmes détails. À la même heure. Sans preuve. Sans trace. Sans logique. À 6 h 02, son téléphone a vibré. Message du groupe des résidents. Une photo. Prise depuis le quatrième étage. On y voyait la rue. Vide. Heure affichée en bas de l’écran : 3 h 14. Aucune ambulance. Mais dans le coin inférieur gauche, un reflet dans la vitre. Une forme blanche. Allongée. Floue. Idriss a senti un froid remonter le long de sa nuque. Ils ne s’étaient peut-être pas trompés. Ils avaient peut-être seulement vu quelque chose qui ne restait pas.