Forum Le passage dont vous êtes le plus fier.
Thévia
merci !!
ManonBreuxAutrice
Un très bon extrait vraiment, ça montre vraiment bien l'impact du deuil et du chagrin, tu as de quoi être fière
Thévia
merci pour ce retour !
Thévia
J’aime beaucoup la façon dont tu fais basculer la scène : on part de quelque chose de très contemplatif avec le ciel, puis le rouge envahit progressivement tout jusqu’à nous faire comprendre qu’on n’est plus vraiment dans la réalité. Tous les détails sensoriels de la fin rendent la scène très immersive. Très beau passage ! 🖤
ManonBreuxAutrice
merci beaucoup pour ton retour
Sara Lecat
ManonBreuxAutrice : J'ai beaucoup aimé ton extrait, le souvenir (de ce que je crois être un incendie) qui fait irruption d'un coup et s'empare de tout, qu'elle arrive à refouler progressivement en se focalisant sur la table et ses détails (j'ai vraiment eu l'impression de la toucher cette table !)
Ce n'est pas de moi, mais un extrait de La Superbe de Priscille André que je voudrais partager, il y a beaucoup de très beaux passages mais celui-ci est le dernier que j'ai lu :
"Quitter l'autre, c'est craquer l'allumette qui consumera tout ce que vous avez construit et partagé, tout ce dont vous avez ri, tout ce que vous avez aimé faire ensemble.
C'est piquer son chien et prétendre qu'il avait la rage.
C'est endosser le rôle de la saloperie.
Ce fut précisément le mot qu'employèrent les parents de Sylvain lorsqu'ils comprirent que Théo quittait leur fils et ne reviendrait pas sur sa décision.
Théo n'était décidément pas une fille courageuse. Elle avait été incapable de partir pendant que Sylvain était là, pas plus qu'elle ne lui avait raconté ce qui s'était passé un soir à Paris.
Théo n'était pas une héroïne."
Spoiler : c'est une héroïne !
ManonBreuxAutrice
Oooh c'est un très bel extrait
Merci aussi pour ton retour sur le mien
Miskail
Hello !-Alors voici un passage d'HOURAILLIS, qui est un thriller contemporain se déroulant dans l'internat d'un lycée. "Fier" de ce passage, c'est peut-être un grand mot^^, mais disons plutôt qu'il illustre bien l'ambiance que je voulais mettre dans ce texte, et puis c'est là où je mets en avant un personnage qui n'était destiné qu'à être secondaire, mais auquel je me suis tellement attaché qu'il a pris pas mal d'importance (je pense que beaucoup d'entre vous ont connu cela^^) :
"En ce dimanche d’octobre morose, le lycée est aussi vide que l’âme d’un inspecteur d’académie. Nous sommes plus ou moins livrées à nous-même dans le grand ensemble désert. Levée tôt, j’ai décidé de m’offrir une petite balade solitaire pour me remettre le cerveau dans le bon ordre. Je vais trainer du côté du terrain de foot embourbé par les semaines de pluie. Je vois que quelqu’un d’autre est matinal. En jogging et basket grises, Ludivine trottine sur les portions du cercle d’athlétisme hors d’âge qui ne se perdent pas dans l’herbe, répétant des enchainements aux poings comme dans Rocky. J’enjambe le bourbier quand elle arrive à ma hauteur, sans qu’elle réponde à mon sourire. En lieu et place, ses doigts se ferment comme des serres sur l’épaule de ma veste pour m’entrainer dans sa course. Suivre le rythme est un enfer et je suis bientôt hors de souffle, mes baskets patinant sur un lit de feuilles mortes et détrempées, mais je m’accroche. Après une éternité, elle relâche sa poigne de fer en soupirant.
— Continue encore un peu à vitesse réduite, ça te tirera moins qu’un arrêt brusque.
J’obéis et nous avalons les derniers mètres praticables à petite foulée. Elle finit par s’arrêter, contrôlant sa respiration et me montrant comment faire de même.
— Ce n’est pas si mal, commente-t-elle. Il y a moyen de faire quelque chose de toi.
— De quoi parles-tu ?
— Avoir de quoi se défendre, c’est bien. Mais la fuite reste souvent la meilleure option..."
ManonBreuxAutrice
C'est vrai qu'il se dégage une vraie ambiance de ce passage. Bravo
amaryllisss
c’est mon prologue mais je suis tellement fière j’ai passé tellement de temps à l’écrire 🥹🫠
Le Dahlia s'offre au regard comme une promesse d'abondance, une explosion de couleurs et de dignité. Pourtant, sous cette cette forme se cache une vérité plus sombre : un langage oublié que le temps a presque effacé celui de la trahison. Non pas la trahison des autres, mais celle de soi-même. Cette faille intime où l'apparence déchire le ressenti.
Dans les jardins victoriens, le Dahlia portait déjà cet aveu cruel « Trahison ». Pour l'âme usée par la dépression, il devient un miroir impitoyable. Il transforme la lumière en ombre, changeant une existence vibrante en un son lointain et vide. Il trahit la raison jusqu'à l'effacement, laissant la personne face à un étranger dans son propre reflet. Même la plus majestueuse des architectures florales peut abriter un cœur de verre, prêt à se briser au moindre souffle.
Le Dahlia déploie une symétrie si parfaite qu'elle en paraît presque artificielle. L'image exacte du « sourire de façade ». Dehors, l'éclat des pétales rivalise avec les vêtements colorés et les rires forcés, dedans : dans cette géométrie implacable, ne règne qu'un vide. Plus la fleur est dense, plus son centre reste inaccessible. Plus l'âme déploie d'énergie pour maintenir l'illusion de la normalité, plus la souffrance devient invisible aux yeux du monde.
Fleur de l'arrière-saison, le Dahlia éclot quand la lumière décline, annonçant la fin des jours chauds et l'arrivée des ténèbres froides. Il porte en lui la mélancolie des adieux, la conscience aiguë que l'été touche à sa fin. Pour celui qui lutte, cette transition devient une terreur : la peur de voir s'évanouir les rares moments de grâce. Il incarne l'équilibre instable sur un fil tendu au-dessus du vide.
Ses centaines de pétales, enroulés les uns dans les autres, tissent une sphère impénétrable. Image parfaite de la confusion mentale. Un labyrinthe sans issue où les pensées s'emmêlent, où les sentiments se contredisent dans un chuchotement. Chaque pétale est une pensée intrusive, une inquiétude et un souvenir douloureux qui vient se superposer aux autres pour se transformer en noeud. Plus on tente de le défaire, plus il se resserre.
Le Dahlia est le symbole de ce combat silencieux la dépression. Il nous invite à regarder au-delà de l'éclat des pétales pour y deviner le vide qu'ils dissimulent. Il nous rappelle que la force apparente peut coexister avec le chaos intérieur, que la tempête agit derrière un masque de calme calculé. Cette fleur est l'hommage le plus juste à la résilience de ceux qui, malgré le froid qui gagne, continuent obstinément de fleurir
— À 20 h 15, elle est partie.
Je fixe mes mains, tremblante. C’est étrange comme une heure peut devenir une date à elle toute seule. Avant, 20 h 15, c’était juste une heure, celle où on débarrasse la table, où on regarde son téléphone, où on se demande ce qu’on va faire de sa soirée. Maintenant, c’est l’heure où ma mère est morte.
— Mon père lui tenait la main.
Ma voix tremble sur les derniers mots. Je devrais peut-être m’arrêter là mais quand on commence à raconter la pire journée de sa vie, on découvre qu’on en connaît chaque seconde par cœur. Les douleurs, son teint jaune, son agitation, nos pleurs. Et puis son dernier souffle.