Mercredi 13 avril 1994, aire d'autoroute des Longues allées (63)
Ce n'est pas ma vessie pleine qui m'oblige à couper le moteur mais un besoin frénétique d'écrire, de libérer les maux, de raconter, de remercier.
Un long café, un coin de table à l'écart, des feuilles de brouillon :
Ne pas faire d'impairs, choisir les mots justes qui éclairent. Encrer les fois où j'ai plier le dos face aux épreuves de la vie et celles où je me suis delectée de la torpeur et du sucre des moments tendres.
Dans ma petite enfance à l'orphelinat, je suis arrivée dans la vie tel un petit animal, apeuré, méfiant, furieux, seul. J'ai tenté de m'extirper de la folie du monde des hommes. Dans ma réalité, j'étais sauvage, indomptable et surtout j'ai bâti une barrière entre les Autres et moi.
Les dortoir froid était une cale de bateau, mes vêtements rêches une fourrure protectrice.
Le dessous de mon lit se transformait en une hutte invisible aux coeurs de la forêt.
Et puis un jour, tout a basculé. Contrainte à transformer mes songes, on m'a changé de cage.
Je ne me souviens pas notre première rencontre. Pour moi, c'était un autre comme les autres, un ennemi de mon monde interne, un briseur de rêves, un empêcheur de vie.
Tu ne m'as pas parlé, rapidement conscient de ma nature primitive.
Tu m'as observé, longtemps, respectueusement et sans que je m'en rende compte, doucement apprivoisé. Un jour d'orage, je me suis vue, tel un renard, me tapir dans tes bras comme dans un terrier qui protège de la pluie sur les joues.
Et puis nous avons partagé, un ruisseau qui danse en hiver, une montagne immuable et digne, un ciel milliardaire de nuages.
Comme un hommage à St Exupéry, comme un voyage en avion, en voiture, en arrière.
Comme un hommage à mon père, qui de part son humanité a libéré la mienne.
1 commentaire
Manon45
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Il y a un an