Audrey WoodHill
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Chapitre #1 Superman, mon éditeur et moi - Jet-lag Part 1/3
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Il n’y a rien à faire, malgré les tentatives désespérées de mon alarme de me réveiller, mes paupières restent inexorablement collées.

Au bout d’un moment - un très long moment - je parviens enfin à bouger un bras.

Il est où ce satané téléphone ?

J’ouvre les yeux et finis par mettre la main dessus.

J’arrête l'alarme. L’écran affiche 9h30.

9h30 ? ! Merde !

La panique s’empare de moi.

MerdeMerdeMerdeMerdeMerdeMerde et MERDEEEEEE!

En fait ça devait bien faire une demi-heure que cette fichue alarme tentait de me réveiller.

C’est malin Aurore, maintenant il ne te reste plus que vingt minutes pour avaler un café et te préparer pour l’une des journées les plus importantes de ta vie !

J’ouvre les volets et laisse le soleil envahir la pièce.

Waouh ! J’ai vraiment dormi ici ?

J’admire ma suite. Tout est blanc, beige et doré. C’est luxueux et élégant à la fois. Mon lit est un king-size comme je n’en ai jamais vu. Je pense immédiatement à mon fils Leo qui aurait adoré sauter dessus. Vu le décalage horaire à cette heure-ci il doit dormir à poings fermés. J’ai un pincement au cœur en pensant à lui car il me manque déjà, mais je n’ai pas le temps de m’attendrir plus longtemps. Je me fais couler un expresso que j’avale en vitesse et direction la salle de bain.

Re-waouh !

Décidément je ne sais pas si j'arriverais un jour à m'habituer à tout ce luxe. La salle de bain est immense. Elle est presque aussi grande que la chambre et en plein milieu trône une gigantesque baignoire en marbre rose. Je pense déjà au bain que je vais me faire couler ce soir… aux bougies que je vais allumer… au verre de vin que je vais déguster…

Stop ma vieille ! Arrête de rêvasser ! Là, maintenant, TOUT DE SUITE, tu dois effacer le jet-lag de ton visage et passer en mode business-woman !

Je me regarde dans le miroir et malgré ma mine complétement défaite je ne peux m’empêcher de sourire.

Moi, Aurore Dubois, mère célibataire de 33 ans, poissarde de compétition, je suis l'auteure d’un des plus gros best-sellers de tous les temps !

Je n’en reviens toujours pas.

En l’espace de deux ans je suis devenue riche, célèbre - enfin, presque célèbre – et mon roman The star and me se vend à des milliers d’exemplaires partout dans le monde. Et aujourd’hui, cerise sur le gâteau, je m’apprête à céder les droits d’auteur de mon histoire pour son adaptation au cinéma.

J’ai rendez-vous aux Studios de la Warner pour signer un contrat à cinq zéros bordel !

Je me lave les dents et file sous la douche.

Tandis que la chaleur de l’eau détend un à un chacun de mes muscles endoloris par le voyage, je repense à ce fameux dimanche où tout a basculé.

Je me revois dans mon joli petit appartement, avachie telle une vielle serpillère sur le canapé devant des dessins-animés avec Leo, j'étais complétement déprimée. Dans la semaine j’avais reçu une énième lettre de refus d’une maison d’édition.

Chère Madame… Votre histoire est formidable… blablabla… le style est impeccable… blablabla… mais nous sommes désolés… blablabla… ce n’est pas ce que recherche le public… blablablabla.

J’étais découragée et me repassais en boucle les épisodes malchanceux de ma vie.

Rien n’avait jamais semblé vouloir marcher pour moi. Mon karma était si pourri que j’étais intimement convaincue d’être la réincarnation d’une terrible tueuse en série.

Il y avait d’abord eu ce contrat pour une marque de luxe archi connue qui m’était passé sous le nez. J’étais étudiante, et à cette époque je gagnais quatre sous en tant que mannequin. Je n’avais alors posé que pour des catalogues jusqu’à ce que je décroche ce fabuleux contrat. Un début de carrière dans le mannequinat s’offrait à moi. Manque de bol, je m'étais cassée la jambe le jour du shooting et bien entendu plus aucune opportunité de ce genre ne s’était présentée à moi dans ce milieu.

Il y avait ensuite eu ce poste dans l’édition. A la fin de mes études à la Sorbonne j’avais trouvé un stage dans une prestigieuse maison d’édition. Brillante et ambitieuse je m’étais rapidement faite remarquée, et à la fin du stage le directeur artistique m'avait proposé d’intégrer son équipe. Bien sûr grâce à ma poisse légendaire je n’obtins pas le poste. Le pauvre homme fut victime d’un accident avant que ma candidature ne soit validée.

Je n'obtins ce poste dans l’édition ni aucun autre d’ailleurs. A vingt-trois ans, suite à un accident de capote - et grâce à mon super karma - je m’étais retrouvée enceinte. Le père, un jeune journaliste qui commençait sa carrière, ne s’était pas senti prêt pour la paternité. Moi non plus je n’étais pas prête, mais j’étais déjà amoureuse de ce petit bonhomme qui poussait en moi et décidai alors de passer le concours pour être maîtresse d’école.

Mon dieu que c’est bon ! J’aimerais tellement pouvoir rester sous cette douche dix minutes de plus… Je laisse encore l’eau bienfaisante couler quelques minutes sur ma peau tandis que mes pensées continuent de dérouler le fils de ma vie.

Après avoir eu mon concours j’étais revenue vivre dans le sud de la France près de ma mère où j'y décrochai un poste dans une chouette petite école. J’avais un emploi stable, je gagnais un salaire correct et m’épanouissais dans mon rôle de mère. Pas une seconde je n’avais regretté d'avoir choisi d'élever mon fils.

Pas une seconde non plus je n'avais cessé de croire en mon destin.

Durant toutes ces années, chaque soir après avoir couché Leo j'avais inlassablement noirci des centaines de pages dans l'espoir d'être un jour publiée.

C'était ma dernière option, mon dernier joker pour réussir.

Des bancs de l'école à la maison d'édition dans laquelle j'avais travaillé on m'avait toujours vanté mes qualités de plume. J'avais du talent parait-il ! Mais voilà… Nous sommes désolés… ce n’est pas ce que recherche le public…

Je me revois ce dimanche matin, prête à déposer les armes.

Fatiguée de lutter contre ce destin banal, fatiguée de rêver.

Pourtant, dans un ultime sursaut d'espoir, je m'étais quand même posé une question. Une simple question qui allait changer ma vie pour toujours.

Mais qu’est-ce qu’il recherche ce public ?
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